Version française

Lorsqu’a été lancé le Swiss CIO Barometer, en 2015, notre objectif commun était, avec nos partenaires Finnova AG et l’IFZ de la Haute-École de Lucerne, de fournir une vision prospective des stratégies mises en place par les départements informatiques des banques de la place suisse. Cette photo répétée de l’état du marché fait désormais partie intégrante de l’étude que l’IFZ publie au  premier trimestre de chaque année. En voici, en version digitale, quelques extraits.  |

Frédéric Barillet
Rédacteur en chef

en partenariat avec

 Etude conduite par Dr. Thomas Ankenbrand
Institute of Financial Services Zug
Lucerne School of Business

et Nicola Louise Illi
Institute of Financial Services Zug
Lucerne School of Business

Le concept IT Balanced Scorecard

Introduction

La numérisation et le progrès technologique posent aujourd’hui des défis aux banques, en particulier dans le domaine des technologies de l’information. Les banques sont concernées par les évolutions technologiques sur les points suivants (Capgemini & Linkedin, 2018) :

  • Nouveaux modèles d’affaires
  • Un service plus rapide et plus efficace
  • Transparence et services gratuits
  • Personnalisation
  • Pression sur les marges et les redevances
  • Modélisation prédictive et analyse avancée des données
  • Modèles de distribution innovants
  • Accès aux segments non desservis ou mal desservis
  • Efficacité opérationnelle

Afin de structurer efficacement les différentes dimensions du département informatique d’une banque, nous avons appliqué le concept IT Balanced Scorecard de Van Grembergen et Saull (2001), basé sur l’approche originale du tableau de bord équilibré de Kaplan et Norton (1996). Plutôt que de se concentrer uniquement sur les objectifs financiers, le tableau de bord cherche à développer et à surveiller un ensemble équilibré de mesures non financières, telles que le respect des clients, les processus ou le degré d’innovation.

Les quatre dimensions du tableau de bord IT utilisées pour cette analyse comprennent:

  • la perspective client
  • la perspective financière
  • la perspective processus interne
  • la perspective développement

Chacune contient trois sous-thèmes. D’une manière générale, la perspective client fournit la perception de la DSI par l’utilisateur, alors que la perspective financière vise à mesurer la création de valeur. La perspective processus interne traite de l’efficience et de l’efficacité des processus IT et la perspective développement examine les processus et les ressources nécessaires pour permettre l’innovation. Ce tableau de bord prospectif d’un point de vue informatique permet de déterminer et de décrire les orientations stratégiques du département informatique d’une banque et a donc été choisi comme cadre structurel de l’enquête.

La perspective client (moyenne: 2,89)

La perspective financière (moyenne: 3,16)

La perspective processus interne (moyenne: 2,92)

La perspective développement (moyenne: 2,39)

L’évolution dans le temps des priorités de chaque perspective

Balanced Scorecard for Information Technology

En partant des quatre dimensions que nos venons de décrire, nous avons demandé aux participants à l’étude d’évaluer la priorité de chacun des trois sous-sujets qu’elles intègrent en les notant sur une échelle de quatre, de très faible (1) à très élevé (4). Les résultats de cette évaluation sont présentés ci-contre.

Ils sont en ligne avec les résultats de l’enquête menée en 2015 et 2016, les sous-thèmes concernant la contribution des entreprises ayant obtenu la priorité la plus élevée en moyenne (3,16), suivis par l’excellence opérationnelle (2,92). L’orientation des utilisateurs (2,89) et l’orientation future (2,39) demeurent les deux priorités de moindre importance. Ce résultat indique que les stratégies informatiques des banques suisses sont axées sur le court terme plutôt que sur le long terme. Toutes dimensions confondues, la numérisation/optimisation des processus métier est la plus pertinente (3.35), suivie par la sécurité informatique (3,31). La pertinence la plus faible est attribuée à la réduction du délai de mise sur le marché de nouveaux produits et procédés (2,55) et à la mise en œuvre de solutions FinTech novatrices (1,64).

Afin de comparer les priorités d’aujourd’hui avec les perspectives d’avenir, nous avons également demandé aux participants d’évaluer les mêmes sous-thèmes pour les cinq prochaines années. D’un point de vue général, les quatre dimensions du tableau de bord IT se verront attribuer une priorité plus élevée au cours des cinq prochaines années. Lorsqu’on examine l’évolution dans le temps des priorités de chaque perspective, comme le montre le schéma ci-contre, la perspective client représente la plus forte augmentation dans l’ordre des priorités et dépasse la perspective processus interne et perspective financière. Par conséquent, les activités concernant l’expérience et l’utilisation par les clients, la distribution multicanal et les applications mobiles devraient revêtir une plus grande importance dans l’avenir.

Les résultats de la perspective financière montrent une évolution relativement stable de ses sous-thèmes par rapport aux enquêtes précédentes. Toutefois, on s’attend à ce que la priorité accordée à l’adaptation des nouvelles exigences réglementaires se stabilise. Dans la perspective processus interne, bien que la sécurité informatique demeure une priorité élevée, les efforts visant à réduire les coûts d’exploitation informatique deviennent également plus pertinents. Bien que la dimensionperspective développement semble généralement moins prioritaire, elle enregistre la plus forte croissance absolue entre la valeur atteinte en 2015 et les perspectives d’avenir de l’enquête la plus récente. Dans l’ensemble, les résultats de l’enquête indiquent la priorité d’une mise en œuvre efficace des nouveaux produits et processus.

La nomenclature des activités Fintech

L’ordre des priorités des catégories d’activités Fintech

Projets en cours et impact futur des Fintechs dans les banques

La deuxième partie de l’enquête du Baromètre CIO examine les projets et priorités de la banque dans le domaine FinTech. Conformément à notre définition de la FinTech, les projets et les priorités ont été divisés en six catégories:

  • Infrastructure bancaire
  • Services analytiques
  • Gestion des placements
  • Paiements
  • Dépôts et prêts
  • Registres distribués.

Dans un premier temps, nous avons demandé aux participants s’ils poursuivaient, avaient récemment terminé ou avaient prévu des projets dans l’une des catégories prédéfinies. L’enquête a révélé que l’infrastructure bancaire, avec des solutions telles que les outils de gestion des finances personnelles ou les systèmes d’intégration en ligne, occupe la première place avec le plus grand nombre moyen de projets en cours ou terminés parmi les parties participantes. Les catégories Paiement, Gestion des investissements et Analyse ont toutes des scores moyens relativement similaires, avec un nombre important de projets en cours ou terminés, ainsi que de projets prévus. Les projets dans les catégories Dépôts et prêts, ainsi que la technologie des registres distribués accusent un retard par rapport aux autres, quelques projets seulement ayant été planifiés ou achevés. Dans l’ensemble, les résultats montrent une évolution stable par rapport aux résultats de l’enquête menée en 2016.

Dans un deuxième temps, nous avons demandé aux participants de classer les catégories FinTech en fonction de leur priorité. Les résultats correspondants sont présentés ci-contre. La valeur « 6 » indique que la catégorie a reçu la priorité la plus élevée, « 5 » indique la deuxième priorité la plus élevée et ainsi de suite.

Infrastructure bancaire se voit accorder la plus haute priorité pour l’avenir avec une valeur moyenne de 4,16. Le secteur des services analytiques se classe au deuxième rang pour la moyenne la plus élevée (3,99) et est donc considéré comme la deuxième priorité par les participants au sondage, suivi du secteur de la gestion des placements (3,94), des paiements (3,66) et des dépôts et prêts (3,00). Avec une valeur moyenne de 2,20, les registres distribués ne semblent pas être une priorité future des banques suisses.

En comparant les priorités indiquées avec l’état actuel de la mise en œuvre des solutions FinTech, les catégories Analytics et Paiements changent de position. Bien qu’il y ait moins de projets en cours, terminés ou prévus dans le domaine de l’analyse, les participants y voient une priorité plus élevée. L’inverse est vrai pour la catégorie Paiement.

La répartition des budgets IT entre gestion et développement

La part de l’IT dans les dépenses de Personnel

La part de l’IT dans les frais généraux et administratifs

La hausse des coûts informatiques

Afin d’évaluer les efforts et les dépenses liés à l’innovation informatique dans les banques suisses, les participants ont été invités à indiquer la répartition de leurs coûts informatiques entre coûts opérationnels et coûts de changements.

Comme prévu, aucun des participants n’a déclaré que ses coûts informatiques étaient purement liés à l’exploitation de la banque ou au changement de banque. Le schéma ci-contre montre la répartition des réponses: 46 pour cent des personnes interrogées estiment que la majorité de leurs coûts informatiques sont utilisés pour gérer la banque et garantir la continuité des opérations. En outre, 43 % attribuent 60 % de leurs coûts informatiques à l’exploitation de la banque et 40 % au changement de banque, ce qui indique un niveau plus élevé de coûts alloués à l’innovation. Onze pour cent des participants affirment que les dépenses IT visant à faire évoluer la banque sont supérieures à leurs dépenses IT pour l’exploitation de la banque, ce qui montre une concentration assez élevée des coûts sur l’innovation.

En outre, nous avons demandé aux participants d’indiquer leurs frais nominaux de personnel et leurs frais généraux et administratifs, ainsi que le pourcentage de ces frais qui sont liés ou non à l’IT. Les moyennes pondérées des chiffres reçus sont présentées ci-contre. La différence entre les pourcentages des coûts liés à l’informatique dans les frais de personnel et les frais généraux et administratifs est remarquable. Alors qu’en moyenne seulement 7 % des dépenses de personnel sont liées à l’IT, les coûts liés IT représentent en moyenne 61 % des frais généraux et administratifs. Cela indique qu’un pourcentage élevé de postes informatiques dans les banques suisses peut être externalisé et réduire ainsi le pourcentage des coûts liés à l’informatique dans les coûts salariaux.

Conclusion

Numérisation et optimisation des processus d’affaires et la sécurité informatique sont au centre des préoccupations des départements informatiques des banques suisses. Toutefois, les activités relatives à l’orientation vers l’utilisateur gagnent en pertinence et devraient jouer un rôle de premier plan à l’avenir, d’après les résultats de l’enquête. Actuellement, les activités correspondantes sont évaluées avec la même pertinence que les activités concernant l’efficience et l’efficacité des processus informatiques.

L’accent mis par les banques suisses sur la transformation évolutive plutôt que sur la transformation perturbatrice se reflète également dans le classement prioritaire de la partie FinTech, où l’infrastructure bancaire obtient le score le plus élevé et les registres distribués le plus bas. L’affectation des fonds reflète également le cheminement évolutif du développement. Il convient de souligner le faible pourcentage des dépenses de personnel liées à l’IT, qui s’élève à 7 %. Ce chiffre traduit le niveau élevé d’externalisation et le faible niveau de compétences informatiques des banques, ce qui pourrait entraîner des difficultés d’adaptation aux défis actuels et futurs.

Méthodologie et échantillon

Par type de banques

Banques cantonales 23%
Caisses rég. et d’épargne + Raiffeisen 46%
Autres banques dont grandes banques 11%
Banques privées 20%

Par taille de bilans

Moins de CHF 1 Milliard 34%
De CHF 1 à 2,9 Milliards 20%
De CHF 3 à 9,9 Milliards 31%
De CHF 10 à 24,9 Milliards 9%
De 25 à 49,9 Milliards 3%
50 milliards et plus 3%

Actifs sous gestion

Moins de CHF 1 Milliard 28%
De CHF 1 à 2,9 Milliards 23%
De CHF 3 à 9,9 Milliards 29%
De CHF 10 à 24,9 Milliards 14%
De 25 à 49,9 Milliards 3%
50 Milliards et plus 3%

Dans le cadre de l’enquête Swiss CIO Barometer 2019, 226 responsables informatiques des banques suisses ont été contactés en octobre 2018. Les données traitées représentent finalement 35 participants, ce qui correspond à un taux de réponse de 15%.

Comme le prouvent nos graphiques, les banques cantonales, les caisses régionales et d’épargne, Raiffeisen et les banques privées ont participé à l’enquête. Un examen plus approfondi de la répartition de la taille du bilan ainsi que des actifs sous gestion, également illustrés, montre que ces deux chiffres clés sont inférieurs à CHF 10 milliards pour la grande majorité des participants.

La taille de l’échantillon étant relativement petite et la répartition des participants à l’enquête entre les différents types de banques, le total de leurs bilans et de leurs actifs sous gestion différant de la population de base, l’enquête ne peut être considérée comme représentative, mais elle fournit néanmoins des indications sur les tendances stratégiques et les défis informatiques des banques suisses.